La période romaine

-121 à 406 : Conquête, assimilation et chute de l'empire romain en Roussillon

Peuplé par les Celtes depuis environ 500 av. J.-C., le territoire de l'actuel département des Pyrénées-Orientales se développe paisiblement, structurant son artisanat, son commerce, son agriculture et son élevage. Cependant, le passage d'Hannibal le Carthaginois, sans opposition de la population locale, provoqua la colère de Rome.


La conquête romaine

La conquête de la Gaule par l'empire romain se déroula durant le IIe siècle avant J.-C. En -121, le Roussillon est conquis militairement et il est officiellement rattaché à la province romaine de la Narbonnaise, dont la capitale est Narbonne. Au plan local, la région était divisée en deux. D'une part, la plaine du Roussillon, qui dépendait administrativement de sa capitale Ruscino et à laquelle étaient également rattachés le Haut-Conflent et le Capcir, et d'autre part, la Cerdagne, qui dépendait, elle, de la capitale d'altitude Llivia, elle-même rattachée à une autre région, la "Provincia Tarraconensis".

Cependant, il ne faut pas considérer l'invasion comme un brutal massacre des peuples locaux. Les Romains, possédant déjà des colonies en Roussillon dont ils tiraient un commerce florissant, prirent soin d’éviter les heurts. Ce qui n'empêcha pas quelques rébellions des Cérétans en -39, rebellions bien vite écrasées par le pouvoir romain.

Le but de cette invasion était plus de s'octroyer les terrains et ressources locales plutôt que d'exercer une hégémonie sur les peuples. En effet, il devenait vital de couper les cordons d'alimentation en ressources des autres civilisations, celles-ci concurrençant dangereusement le pouvoir de Rome. C’est ainsi que les Celtes furent séparés des autres civilisations.


Les bienfaits des Romains sur le développement de la région

Une fois conquis, les Romains ont développé la région comme ils en avaient l'habitude, apportant aux Celtes un savoir-faire inconnu jusque-là. Les traditionnels objets celtes subirent l'influence romaine, comme l'ont montré les différents fragments trouvés un peu partout dans la région. Par exemple, à Garrius, ville romaine au bord de l'étang de Salses (à présent disparue), des tombes et des amphores de cette époque furent découvertes.

Par ailleurs, ils découpèrent ces nouveaux territoires en "Pagi" (Pays). Ainsi apparurent les "Pagi Livensis" (Llivia), "Pagi Redenensis" (Razès et Capcir), "Fenolictensis" (Fenouillèdes), "Pagi Conflentis" (Conflent), "Pagi Vallis Aspéri" (Vallespir) et "Pagi Ruscienonensis" (Roussillon). On retrouve un découpage identique de nos jours.

En enrôlant les Celtes dans leurs armées, les Romains leur donnèrent des capacités qu'ils ne connaissaient pas alors, comme la discipline, l'art de commander. Côté civil, c'est la même chose avec la découverte des sciences et de l'art (bien qu'en ce domaine, ils s'y connaissaient déjà). Peu à peu, le langage barbare employé disparaît au profit du latin. Cette période fut une période de développement forcé qui définira les bases de notre pays.

La capitale de la région fut officiellement déplacée de Illibéris à Ruscino. Illibéris tomba en désuétude mais conserva tout de même son importance en tant que port. En effet, à l'époque, la mer arrivait jusqu'aux pieds des remparts.


Développement des activités

Par ailleurs, les Romains se lancèrent dans une vaste opération de recensement des ressources naturelles. Ils en définissaient les activités qu'ils pouvaient développer dans la région, et le résultat fut complet.

  • L'activité portuaire de Port-Vendres et Canet assurait un point d'entrée maritime pour les ressources non disponibles sur place, cela faisait essentiellement tourner le commerce.
  • Le Canigou fournissait du fer en grande quantité. Ils développèrent l'Industrie métallurgique dans des forges locales, en particulier dans les vallées de la Llentilla (Baillestavy) et du Tech (Arles).
  • L'introduction de nouvelles cultures comme la vigne et les fruitiers se répandit rapidement, mais dans des endroits ciblés.

Dès les premiers temps de l'occupation, les Romains ont modelé le paysage pour mieux le contrôler. Toute la plaine fut quadrillée de carrés de 710 m de côté (une centurie), chaque carré étant séparé de son voisin par un chemin bordé de fossés. Ces portions de terre furent distribuées à des Romains désireux de s'installer en famille pour cultiver un domaine agraire. Certaines de ces "domus" se transformèrent en villages, comme Corneilla-la-Rivière.

Ruscino, devenant une capitale d'importance, vit plusieurs nouveaux bâtiments prestigieux y être construits : des thermes, un théâtre, un forum. D'autres lieux doivent leur existence à ces constructions : Amélie-les-Bains, où les Romains ont construit des gigantesques thermes, ainsi que plusieurs autres villages de Cerdagne : Dorrès, Llo.


Les voies romaines

Il fallut également créer de toutes pièces un réseau de communication. Puisque les Celtes ne se déplaçaient quasiment pas (une grande partie de leurs approvisionnements arrivaient par bateaux), ils n'avaient pas créé de routes. Les Romains vont pallier ce problème en construisant une route joignant Rome au fond de l'Espagne et traversant le Roussillon, la Via Domitia.

C'est Dominus Ahenobarbus, empereur, qui décida de sa construction.

Bien sûr, la Via Domitia n'étant pas la seule voie d'accès au Roussillon. La péninsule ibérique étant elle aussi conquise, une deuxième voie fut créée pour relier les provinces du centre de l'actuelle Espagne à la plaine du Roussillon : la Via Confluentana. Cette deuxième voie traversait la Cerdagne de part en part et redescendait la vallée de la Têt jusqu'à Illibéris. C'était l'ancêtre de la RN116.

Voies romaines en Roussillon

Voies romaines en Roussillon

Pour rejoindre Elne, elle devait passer plus au sud que la route que nous connaissons aujourd'hui. En quittant cette ville, la Via Confluentana traversait Montescot, Nils, Ponteilla, la Serra d'en Vaquer au sud de Perpignan, puis Terrats, Llupia, Thuir, Corbère, Saint-Michel-de-Llotes, Bouleternère, la tour de Rigarda, puis plus loin Marquixanes, Codalet et elle rejoignait le plateau Cerdan.

D'autres voies furent construites : la Via Vallespiri qui remontait la vallée du Tech et passait en Espagne par le col d'Ares, et la Via Fenolictensis, qui passait à Saint-Paul-de-Fenouillet. Comme quoi on n'a rien inventé.


Perte d'importance de la région

Durant le IVe siècle, Rome se tourne vers de nouvelles conquêtes : les îles britanniques. Le Roussillon va perdre de son intérêt, matérialisé en 337 par le transfert de la capitale de Ruscino à Illibéris. Cette ville changea de nom et devint Helenae en l'honneur de la mère de l'empereur Constantin, alors au pouvoir. Par dérivatif, Hélénae est devenu Elena, puis Elne. C'est là que fut transféré le pouvoir central et la ville connut alors un second souffle, au détriment de Ruscino.

Le nombre de soldats a baissé et, par voie de conséquence, l'insécurité a augmenté. Il devenait urgent de fortifier des lignes de défense naturelles, et c'est dans ce sens que furent fondés le château de Collioure et d'Ultréra, construits à cette époque.

Collioure défendait l'accès à Port-Vendres et Ultréra le col du Perthus où passait la Via Domitia.

C'est à cet endroit que le général Pompée fit édifier en 71 avant JC un trophée à la gloire de son armée (et à la sienne, surtout) : le fameux Trophée de Pompée, que l'on a cherché longtemps dans toute la région.


Traces des Romains en Roussillon

Autel romain d'Angoustrine

Autel romain d'Angoustrine

Ayant dominé la région pendant plus de cinq siècles, les Romains ont inévitablement laissé des traces que l'on retrouve de temps à autre au gré des recherches effectuées. Par exemple, en Cerdagne, Angoustrine conserve dans son église un autel qui était à l'origine un cippe romain comportant une inscription votive à leur dieu Jupiter.

En Vallespir, à Amélie-les-Bains, plus précisément, il a été retrouvé de nombreuses médailles impériales, un four à tuiles, des fabriques de poteries, des meules, et même les restes d'un aqueduc. Un peu plus bas, à Palalda, d'autres médailles ont également été trouvées.

En Conflent, Catllar est également un site romain : on y a trouvé une colonne romaine. Des poteries étaient enterrées à Joncet. Dans la plaine, Corneilla-del-Vercol possède une inscription romaine, des vestiges romains se trouvent aussi à Palol, près de Latour-Bas-Elne, et quelques médailles ont été retrouvées sur la commune de Saint-Cyprien. Plus au nord, Espira-de-l'Agly conserve les débris d'un pont, et Peyrestortes un aqueduc enfoui dans le sol. En exécutant des travaux sur Pia, des entrepreneurs ont mis à jour une superbe mosaïque romaine... malheureusement aussitôt coulée dans le béton, car ils n'avaient pas compris l'importance de leur découverte !

Par ailleurs, à Saint-André-de-Sorède, il a été trouvé un cippe romain de 239 après JC, et un autre consacré à Mercure. Enfin, citons la Via Domitia, dont les restes sont parfois visibles à Théza ou au Perthus.

Cette liste n'est bien sûr pas exhaustive, ce ne sont que quelques exemples parmi d'autres.


La fin de l'Antiquité est proche. Les peuples dits "barbares", qui étaient en paix sur le territoire de l'actuelle Allemagne, se voient repoussés par les Huns, qui les forcent à se rapprocher des Romains. Malheureusement, ceux-ci ne purent faire face à l'afflux de population et ne purent résister aux envahisseurs, ce qui provoqua la chute de Rome. Commença alors l'époque des invasions barbares.



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