La disparition de l'Homo erectus a ouvert la voie aux premiers Homo sapiens, notamment l'Homme de Néandertal, qui se distingue par ses pratiques funéraires. Nous sommes en -60 000 ans. Il existe de nombreuses sépultures laissées par cette espèce, et si certains squelettes ont été retrouvés dans un bon état de conservation, c’est parce qu'ils avaient été enterrés dans des fosses spécialement creusées à cet effet. Toutefois, il convient de noter que le sol, trop acide, a souvent empêché la conservation des ossements. Ces squelettes ont presque tous été découverts dans des grottes, qui étaient des lieux privilégiés pour les enterrements.
L'Homo sapiens a laissé des traces, principalement dans les Corbières et près du mas de la Joliette, à Espira, où des outils taillés ont été retrouvés. À Rodès et à Corneilla-de-Conflent, dans la vallée de la Têt, d'autres gisements importants ont été découverts, comprenant non seulement des restes humains et des pierres taillées, mais aussi des traces de foyers et des vestiges fauniques de l’époque, témoins des repas consommés.
À Corbère-les-Cabanes, dans la grotte de Montou, des restes de cervidés, d'ours et de bouquetins ont été retrouvés. (+ d'infos)
L’extinction des Néandertaliens fut un processus lent. Leur successeur, l'Homo sapiens sapiens, est apparu en Europe vers -40 000 ans.
C’est donc vers -40 000 ans que l'Homo sapiens sapiens est apparu. Ce dernier dut s’adapter aux différents milieux dans lesquels il vivait. Son habitat était composé de tentes légères, de huttes en bois ou en os de mammouths. Sa principale caractéristique fut sa maîtrise de l'art : c’est à cette époque que furent réalisées les premières fresques murales dans les grottes, qui représentent pour nous les premières traces évidentes de la vie à cette époque. En Roussillon, sur les communes de Formiguères, en Capcir, on retrouve des gravures rupestres sur les rochers de la Peyra Escrita, la "pierre écrite", toujours visibles bien que sérieusement effacées. À Caixas, d'autres graffitis contemporains à ceux de Formiguères ont également été retrouvés.

La Peyre Escrit
Les environs de Vingrau sont particulièrement riches en découvertes de cette époque, en particulier près du Rec del Penjat, où l'on a retrouvé des grattoirs à museaux, des burins, des couteaux à dos et divers autres instruments caractéristiques.
L'Homo sapiens sapiens a évolué, prenant progressivement des noms différents : Châtelperronien ou Gravettien entre -34 000 et -30 000, Solutréen entre -18 000 et -15 000, et Magdalénien entre -13 000 et -8 000.
Entre -20 000 et -15 000, c'est toujours à Vingrau, au lieu-dit Les Espassoles, qu'on a trouvé des pointes de flèches en pierre. Mais ce village n'a pas le monopole. À Corneilla-de-Conflent, les paléontologues ont mis à jour des restes de loups, de lynx, de chevaux, de chamois, etc., qu'ils ont datés de cette époque, ainsi que quelques outils en pierre.
Vers -12 000 ans, c'est l'âge des peintures de la grotte de Lascaux. Dans le Roussillon, nous ne possédons pas de telles peintures (du moins aucune n'a encore été retrouvée), mais le site de la "Cova Bastera" à Villefranche-de-Conflent a conservé des traces de peintures rouges. Dans un style plus brut, on peut toujours voir à Campôme des gravures d'animaux faites sur une paroi verticale (des isards, des bouquetins), ce qui constitue la seule représentation de ce type à ciel ouvert de cette époque dans toute l'Europe. Vers -12 000 ans, nous sommes en plein Magdalénien. Les principaux restes retrouvés proviennent de Fuilla (harpons en bois de rennes), mais surtout de la vallée du Verdouble (Tautavel, Vingrau).
Vers -10 000 ans, le climat se réchauffe, les glaciers reculent et le niveau des mers s'élève. De grandes forêts de feuillus et de conifères apparaissent, et le cerf remplace le renne. C'est le début de la stabilisation climatique dans laquelle nous nous trouvons encore aujourd'hui.
-10 000 : Néolithique, poteries et agriculture
Entre -9 000 et -6 000 ans, commence le processus de néolithisation. Le climat se réchauffe, les glaciations reculent, laissant derrière elles de profondes cicatrices dans les roches calcaires des Corbières.
La faune se modifie : les grands prédateurs disparaissent rapidement, laissant place à des gibiers plus petits. L'homme s'adapte en améliorant son régime alimentaire : racines, fruits et végétaux divers complètent la nourriture, jusque-là essentiellement carnée. Curieusement, les hommes de cette époque testent tout et n'importe quoi, y compris... des escargots ! En effet, des coquilles noircies par le feu et vidées ont été retrouvées parmi des restes d'autres animaux.
Vers -5 500, nous voici dans le Néolithique ancien. Cette époque est marquée par la découverte de la poterie. Il ne reste que peu de céramiques datant de cette période, mais le principal gisement se trouve à la "Cova de l'Esperit", sur le territoire de Salses. C'était un habitat où l'on a retrouvé les plus anciens vestiges de céramiques en Roussillon. À Ortaffa également, un autre gisement a été trouvé (au Serrat Gros).
Aux alentours de -4 000, l'agriculture était maîtrisée. Nous sommes alors dans le Néolithique moyen. C'est de cette époque que datent les premières meules, retrouvées à Ortaffa, mais aussi au grau de l'étang de Leucate. Il convient de noter que cet emplacement est désormais sous les eaux de l'étang, ce qui prouve que son niveau a monté depuis 6 000 ans.
Découverte de l'agriculture
En plus des meules, des haches en pierre polie ont été trouvées, ainsi que diverses céramiques plus finement travaillées et mieux décorées. La découverte de la pierre polie a été une véritable révolution, car elle a permis d'améliorer toutes les techniques utiles de l'époque, faisant ainsi progresser le niveau de vie des habitants du Roussillon.
L'agriculture se répand, notamment avec la culture du blé, de l'orge, du seigle et du millet, mais principalement dans les plaines, ainsi que sur les collines des Aspres et des Albères. Les montagnes de Cerdagne ou du Capcir, en revanche, ne se prêtent pas à ces activités.
L'un des premiers sites où l'on retrouve ces traces est Montbolo, dont l'occupation remonte à cette époque et qui restera habité tout au long du Néolithique moyen, jusqu'aux environs de 3500 av. J.-C. Le site de Reynès, plus au nord, est également occupé, comme en témoignent un grand nombre de vestiges : fragments de poteries, une petite hache en pierre verte polie, des éléments de colliers et un poinçon en os poli.
Vers -3000, les hommes préhistoriques découvrent une nouvelle utilité pour les poteries : la conservation des aliments. À la grotte des "Bruixes", à Tautavel, plusieurs poteries ont été retrouvées, dont la forme innovante ne laisse aucun doute sur leur fonction. On les appelle des vases-silos.
À partir du Ve millénaire avant J.-C., commence ce que l'on appelle les civilisations mégalithiques. Celles-ci se divisent en trois grandes phases :
- La première, du Néolithique moyen, s'étend de la fin du Ve au début du IVe millénaire.
- La seconde, du Néolithique final, couvre la période allant de la fin du IVe siècle au début du IIIe millénaire.
- La troisième représente la période du Chalcolithique, c'est-à-dire la fin du IIIe millénaire.
Les habitants du Roussillon se concentrent alors dans les collines moyennes du Conflent, avec une petite population en Cerdagne. Ils vivent en groupes sur un territoire d'environ deux kilomètres carrés, relativement petit. Ces populations résidaient dans des villages composés de cabanes ovales, reliées entre elles. Certaines de ces cabanes étaient en pierres sèches, ce qui a permis leur conservation. Hélas, le département des Pyrénées-Orientales n'en a pas conservé, le plus bel exemplaire proche de la région se trouvant sur le site de "Ca N'Isach", dans les Albères du Sud (Espagne). Ces villages étaient situés soit dans des petites plaines en bas de collines, propices à l'agriculture et à l'élevage, soit au fond des vallées.

Dolmen de Campoussy
Mais toujours en moyenne montagne, c'est dans les Albères, le Fenouillèdes, et le Conflent, ainsi qu'un peu dans le Vallespir, que l'on trouve le plus de traces de ces civilisations.
Il faut savoir que la nature était légèrement différente de celle que nous connaissons aujourd'hui. Le climat était plus humide, ce qui favorisait une végétation plus luxuriante, avec une bruyère abondante. Des forêts recouvraient une grande partie des collines, notamment avec de grandes quantités de chênes pubescents, de chênes verts et de pins. En Cerdagne, le plateau où se trouvent aujourd'hui les cultures était très humide et impropre à l'habitat humain. Les colonies qui existaient se situaient un peu plus en altitude, sur les contreforts des montagnes, où se trouvent aujourd'hui les pistes de ski. D'ailleurs, la ville de Font-Romeu possède un menhir, rattrapé par l'urbanisation, puisqu'il est entouré de bâtiments.
Dolmens et Menhirs dans les Pyrénées-Orientales
La civilisation mégalithique se caractérise par l'édification de monuments en pierre. Le plus connu d'entre eux est le dolmen, constitué de pierres verticales soutenant une pierre plate horizontale (la table ou dalle). Le menhir est une simple pierre dressée. D'autres formes de monuments mégalithiques existent dans la région, comme les pierres gravées (par exemple, la "Peyra Escrita", ou pierre écrite, à Formiguères).
Les dolmens étaient des monuments funéraires, les morts d'une communauté étant enterrés sous la dalle. La forme et la construction des dolmens ont évolué avec le temps. Durant le Néolithique moyen, les dolmens possédaient généralement un couloir et une chambre subcirculaire ou trapézoïdale. Ceux de la deuxième phase avaient une chambre plutôt rectangulaire ou trapézoïdale ; on les nomme d'ailleurs "Galeries catalanes" car cette structure ne se trouve que dans cette région du monde. Enfin, durant le Chalcolithique, certains dolmens conservent cette structure, tandis que d'autres sont simplement dotés d'un accès par un vestibule, un puits ou une "porte-fenêtre". C'est de cette époque que date par exemple le dolmen de Campoussy. Tous les dolmens, à l'exception des "simples", comprennent normalement un tumulus, généralement constitué de pierres sèches et de forme circulaire, d'un diamètre relativement grand (entre 5 et 10 mètres).
Dans la région, et plus particulièrement dans les Albères, les menhirs accompagnent les dolmens. Bien qu'ils n'aient pas de but propre, ils sont considérés comme des ajouts aux dolmens et, comme ces derniers, ont une fonction funéraire. Dolmens et menhirs servaient aussi de frontières entre deux groupes.
On compte environ 130 monuments mégalithiques dans le département des Pyrénées-Orientales. La plupart sont de petite taille, mais présentent un grand intérêt archéologique. De nombreux dolmens comportent des cupules (comme à Rabouillet ou Enveitg). Les cupules sont des demi-sphères creusées plus ou moins profondément dans la roche, probablement utilisées pour des offrandes. Parfois, les gravures représentent une croix, parfois à plusieurs branches, rappelant la forme humaine. C'est le cas du menhir du Mas Nou, photographié ci-dessous.

Menhir du mas Nou

Menhir du mas Nou

Menhir du mas Nou
Les monuments mégalithiques de la région ne dépassent généralement pas 3 mètres, ce qui les rend plus petits que ceux que l'on peut trouver ailleurs, par exemple en Bretagne. La taille moyenne des dolmens dans la région est plutôt d'environ un mètre cinquante.
Pour citer quelques exemples, dans les Albères, on trouve le dolmen de "Na Christiana" sur la commune de l'Albère (le plus massif), ainsi que le dolmen de la "Balma del Moro" à Laroque des Albères. D'autres dolmens ont été repérés dans le Vallespir, à Arles-sur-Tech (dolmen de la "Caixa de Rotllan"), plus au nord à Casefabre, à Reynès, et à Camélas.
Voyez également les photos des deux dolmens d'Argelès-sur-Mer : la Cova de l'Alarb et le Collet de Cotlioure.
Quant au Fenouillèdes, cette région est riche en vestiges de cette époque, avec des dolmens découverts à Ansignan (au lieu-dit "La Rouyre"), à Bélesta, à Campoussy, à Feilluns, à Montalba-le-Château, ainsi qu'à Trilla (deux dolmens).
En Cerdagne, plusieurs sites étaient habités sur les communes de Dorrès, Llo, Odeillo, Egat, et Llivia.
La civilisation mégalithique s'est éteinte d'elle-même avec la découverte du traitement des métaux. C'est à partir de cette époque qu'a commencé l'âge du cuivre, marquant ainsi le début de la Protohistoire.