Le rôle social des abbayes

XVIIIe et IXe siècle : La religion structure la région


Bien que le Roussillon ait eu un évêché depuis le VIe siècle, le catholicisme ne s'était pas vraiment étendu, car il s'adressait principalement aux Wisigoths. Or, ceux-ci durent fuir la région, se réfugiant dans les Pyrénées ou se mêlant aux Sarrasins, nouveaux maîtres de la région. L'arrivée des Francs va bouleverser cet équilibre.


La création des évêchés

Les différents évêchés du sud de la France et du nord de l'Espagne ont parfois des origines anciennes. Cependant, mis à part la construction de quelques édifices religieux, il n’y eut pas vraiment d’essor chrétien. Concentrons-nous plus particulièrement sur le Roussillon et la Cerdagne.

Dès que les territoires furent pacifiés, des moines de l'ordre des bénédictins s’installèrent dans des endroits reculés de la région. Les bénédictins, initialement évangélisateurs, avaient pour mission d'implanter une abbaye et d’essaimer sur leurs territoires des églises et chapelles pour attirer la population. C'est ainsi que furent construites toutes les premières églises de nos villages, comme celle de Prats-de-Mollo, en 982.

La première abbaye fut fondée avant 778 à Arles-sur-Tech. Consacrée à Notre-Dame, elle contribua au repeuplement de la vallée du Tech. L'abbaye de Sorède apparut vers 800, à l’initiative du moine Miron. En 819, c'est Saint-Génis-des-Fontaines qui fut créée. Ces deux édifices disséminèrent des églises dans les Albères et le Roussillon, jusqu'à la côte.

Le 20 juin 844 marque la signature de l’acte d’immunité de l’abbaye de Régleilles. Cette abbaye, située près d’Ille-sur-Têt, de l'autre côté de la rivière, est aujourd’hui en ruines.

Abbayes du Roussillon

Abbayes du Roussillon

Enfin, fut créée l'abbaye de Saint-Michel de Cuxa en 859, principal monastère du Conflent, qui exercera une influence majeure sur toute la chrétienté au XIIe siècle. Plus tard, en 1005, naquit Saint-Martin du Canigou, une fondation issue de Saint-Michel de Cuxa. Hors du Roussillon, on peut citer Saint-Jean-des-Abadesses, Saint-Pierre de Rodes, l'abbaye de Lagrasse dans l'Aude (qui possédera les territoires du Fenouillèdes), ou encore Saint-Jacques de Jocou dans le pays de Sault, laquelle dominera une partie du Capcir aux Xe et XIe siècles.

Preuve de l’action énergique de l’Église dans la région, les anciens bâtiments sont rénovés : l'église paroissiale d'Elne est restaurée en 900, puis reconstruite au XIe siècle.

Dotées dès leur création d’importants domaines fonciers, les abbayes bénéficieront de nombreux legs de la part des comtes. Il convient de rappeler que, dès la fin du IXe siècle, les comtés étaient considérés comme des propriétés privées des comtes. Ces derniers pouvaient en disposer librement, notamment en les offrant aux abbés pour la rémission de leurs péchés. Par ailleurs, les abbés eux-mêmes se comportaient souvent comme des propriétaires terriens, considérant les terres des abbayes comme leurs possessions personnelles.


Églises préromanes et romanes en Roussillon

Parfaitement intégrées à la région, les abbayes construisirent des églises dans des lieux stratégiques ou protégés. Avant le Xe siècle, il s'agissait d'édifices préromans. Ces bâtiments, plutôt modestes, étaient construits en pierres de rivière (dans la plaine) ou en pierres grossièrement éclatées au marteau, liées avec un mortier abondant. Leur plan était simple : une salle rectangulaire unique (la nef), orientée est-ouest. À l'extrémité est se trouvait le chevet, légèrement trapézoïdal, et à l'extrémité ouest, le portail. Un mur-clocher surmontait la toiture, constituée d'une charpente en bois. Les murs étaient percés de petites fenêtres à simple ébrasement intérieur. Une caractéristique marquante des édifices religieux de cette période est l'arc outrepassé, visible au-dessus des fenêtres ou remplaçant l'arc triomphal. Un exemple notable se trouve à Saint-Michel de Cuxa.

Au début du XIe siècle, le plan de ces églises évolua. Le chevet devint semi-circulaire et se décora de bandes lombardes et de lésènes. Les fenêtres adoptèrent un double ébrasement, et les bâtiments gagnèrent en taille. L'arc outrepassé fut définitivement abandonné, et les murs, désormais mieux finis, furent construits en moellons équarris. Ce fut le début de la période romane, dont de nombreuses églises subsistent encore aujourd’hui comme témoignages de cette époque.

Durant le XIIe siècle, une période de paix s'installe. Sous l'influence des abbayes, les habitants des villages entreprennent de reconstruire ou de modifier une grande partie des édifices religieux. Ces églises sont souvent agrandies par l’ajout d’une seconde nef parallèle, et les anciennes charpentes en bois sont remplacées par des voûtes en plein cintre ou en berceau brisé. Pour supporter le poids accru de ces nouvelles toitures, les murs sont renforcés : à l’extérieur par des contreforts et à l’intérieur par des arcs aveugles. Ces éléments sont caractéristiques des églises du XIIe siècle, particulièrement nombreuses en Roussillon.

L’art roman en Roussillon, né au XIe siècle, se prolonge tardivement dans le temps. Au XIVe siècle, on construisait encore une aile du cloître d’Elne dans ce style, alors même que la cathédrale Notre-Dame de Paris, commencée au XIe siècle, relevait déjà du style gothique.

Peu à peu, les bénédictins perdent de leur influence. Les grands monastères sont remplacés par des prieurés, dont la vocation n’est plus le repeuplement des territoires, mais un retour à la vie monastique. Les augustins jouent un rôle central dans cette évolution. La construction du prieuré de Serrabone en 1082 par des chanoines augustins marque le début de cette période. Suivent des édifices tels que le prieuré de Marcevol (1147, fondé par des chanoines de l’ordre du Saint-Sépulcre) et l’abbaye cistercienne de Sainte-Marie de Jau, en activité dès 1162. Parmi les exemples notables, on peut également citer le Monastir del Camp, près de Thuir, construit par Charlemagne pour rendre grâce à Dieu après sa victoire contre les Sarrasins.

L’influence de la religion chrétienne en Roussillon a profondément marqué les domaines artistiques, sociaux et politiques. Intéressons-nous à présent à la manière dont les villages se sont peuplés concrètement.



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