Démolition des remparts de Perpignan

Fin XIXe : Nécessité d'aérer Perpignan et conséquences sur la disparition des remparts médiévaux


Les trois enceintes médiévales

Comme la plupart des grandes villes françaises, Perpignan conservait encore au XIXe siècle ses enceintes fortifiées datant du Moyen Âge. La première enceinte protégeait le cœur historique de la ville, comprenant le quartier Saint-Jean et le château comtal. La deuxième, plus vaste, fut édifiée au XIIe siècle sous le règne de Jacques Ier le Conquérant pour sécuriser une ville en pleine expansion.

Partant de derrière Saint-Jean-le-Vieux, ce rempart comportait plusieurs portes. Il était percé d'une première entrée, le *Portal de l'Axugador*, et remontait ensuite la rue du Bastion Saint-Dominique (à noter que ni la cathédrale ni le Campo Santo n'existaient alors). Le rempart poursuivait son tracé par la rue de la Manche et la rue Foy pour arriver au *Portal d'Elne*, à l'actuelle place Rigaud. De là, il longeait la rue de la Fusterie, traversait la place des Poilus (où se trouvait le *Portal de Matatoro*, près duquel existait déjà un marché), et continuait le long de la rue de la Poissonnerie. Au bout de cette rue se trouvait le *Portal de Mailloles* (ou Pont d'En Vestit).

3<sup>e</sup> enceinte de Perpignan

3e enceinte de Perpignan

Enfin, le rempart bifurquait pour longer la rive droite de la Basse jusqu'au *Portal del Toro* (actuelle place Arago, nommé ainsi en raison de la fontaine *del Toro* située à proximité). De là, il suivait le cours de la Basse en direction du futur Castillet (qui n'existait pas encore), où se trouvait la porte *Portal del Vernet* ou *Portal de Notre-Dame*, du nom de l’église Notre-Dame située à l’extérieur de la ville. Depuis cet endroit, le rempart revenait au point de départ en longeant l’actuelle rue du Castillet.

Une troisième enceinte fut érigée à partir de 1227 pour inclure le palais des rois de Majorque et la partie ouest de la ville. Aujourd'hui, la rue "Rempart Villeneuve" en témoigne. Cette enceinte joua un rôle défensif tout au long du Moyen Âge. Ainsi, au XVe siècle, les Français ne parvinrent à entrer dans la ville qu’après un long siège. De même, Perpignan fut prête à résister à un siège similaire contre les Espagnols en 1793.


Histoire de la destruction des remparts de Perpignan

À partir du XIXe siècle, les progrès de l'artillerie rendirent les murailles en pierre obsolètes. De plus, la menace française, qui avait justifié leur construction, s’était déplacée vers le nord du territoire, les relations avec l’Espagne se normalisant.

Le Castillet et ses remparts

Le Castillet et ses remparts

La ville étouffait littéralement entre ces épais murs. La population manquait de place, et de nombreux Perpignanais réclamaient leur destruction. Pourtant, bien que 3/5e de la ville fût construite hors des remparts, seulement 30 % de la population y habitait. L'arrivée du chemin de fer amplifia cette pression démographique. À cette époque, la préservation du patrimoine était une préoccupation secondaire, largement dépassée par les besoins de développement urbain. C’est pour cette raison que toutes les grandes villes françaises ont perdu leurs remparts, à l’exception notable de Carcassonne, qui a eu plus de chance. À Perpignan, les remparts appartenaient à l’armée, qui les considérait toujours comme essentiels à la défense de la ville.

La destruction des remparts débuta officiellement en 1857. Le 1er mai de cette année, la municipalité vota l’autorisation donnée au maire pour entamer des négociations avec l’armée en vue de racheter l’enceinte médiévale. Ces discussions tombèrent rapidement dans l’impasse et stagnèrent pendant des décennies.

Trente-cinq ans plus tard, le 10 septembre 1892, un "Comité de démolition des remparts" organisa une réunion publique pour souligner l’urgence de leur destruction. Ce comité, véritable outil de propagande, mit en place des méthodes permettant à la population d’exprimer son mécontentement. Son efficacité fut telle qu’un véritable vent de protestation s’éleva. Le 17 juin 1895, soit trois ans plus tard, la ville proposa au ministère de la Guerre de racheter les remparts pour la somme de 13 millions d’euros. Mais une fois encore, les négociations échouèrent.

La démolition

La démolition

La démolition

La démolition

Le 15 décembre 1903, la ville de Perpignan intensifia ses pressions sur le ministère de la Guerre. Elle signa une convention confiant les travaux de terrassement à la Société Hydro-électrique du Roussillon, dirigée par un notable local, Edmond Bartissol. Sous cette pression, l'État vendit finalement les remparts nord à la ville le 20 avril 1904. La muraille concernée s’étendait de la porte Saint-Martin à la porte de Canet (actuel boulevard Jean-Bourrat). Les travaux débutèrent le 16 mai 1904. À la porte de Canet, les premiers coups de pioche firent éclater les briques et le mortier, tandis que de lourds engins de déblaiement entrèrent en action. Bien que ce premier chantier fût modeste en comparaison des destructions futures, il s’étendit progressivement. En deux ans, l’ensemble du rempart était à terre.


Sauvegarde du Castillet

Le 27 août 1904, les ouvriers d'Edmond Bartissol arrivent près du Castillet avec pour ordre de démolir le bastion attenant. Leur intervention suscite immédiatement une vive polémique : la municipalité n’avait pas cédé ces terrains à la Société Hydro-électrique du Roussillon (SHER).

Le Castillet

Le Castillet

Le ministère des Beaux-Arts et le préfet des Pyrénées-Orientales interviennent alors pour ordonner l’arrêt immédiat des travaux et évaluer la pertinence de démolir le Castillet ainsi que ses bâtiments annexes. Le 4 janvier 1905, l’architecte Boeswilwald, mandaté par les Monuments historiques, inspecte les lieux. Dans ses conclusions rendues le 24 juin 1905, il autorise la démolition du bastion et des écuries, mais interdit celle du Castillet lui-même ainsi que de l’ensemble formé par la porte Notre-Dame et le bastion polygonal annexe. Cette décision est la raison pour laquelle Perpignan conserve encore ces édifices aujourd’hui.

Comme prévu, les écuries sont démolies le 3 juillet 1905, et les travaux se poursuivent jusqu’en juin 1906, mettant à terre l’intégralité du rempart nord. Quant au rempart sud, il bénéficiera d’un sursis de plus de vingt ans avant d’être à son tour démoli dans les années 1930, suite à son rachat par la ville (le 14 juillet 1930) à l’armée. Ce rachat avait pour objectif la construction de logements sociaux, réalisés quelques années plus tard.

À l’époque, la population et l’opposition municipale n’étaient pas opposées au principe même de la démolition des remparts. On peut dire qu’un consensus existait sur cette question, les différends portant principalement sur les modalités d’exécution, et non sur le projet lui-même. De nos jours, il ne subsiste de cette enceinte que quelques fragments de fortifications, visibles notamment en contrebas du couvent des Minimes et autour du Palais des rois de Majorque.



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