La chute du royaume de Majorque

1344-1369 : Tentatives de reconquête et leurs conséquences


En 1344, la situation n'était pas brillante pour le Roussillon : principale partie continentale du Royaume de Majorque, conquis par les Français, son roi Jacques III de Majorque est contraint d'accepter la défaite. Dans toute la région, les seigneurs pro- et anti-français s'opposent, les premières distributions de récompenses et de châtiments tombent.


Le Soulèvement du Conflent

Le sort de Jacques III fut scellé à Barcelone, où il fut décidé de lui laisser son fief de Montpellier. Mais il refusa et s’enfuit chez un de ses amis, le comte de Foix, avec une quarantaine de ses chevaliers. Il revendit la ville de Montpellier à la France le 18 avril 1349 et put ainsi se reconstituer une armée et une flotte. En 1347, il attaqua Pierre IV d’Aragon et envahit le Conflent. Certaines villes l’accueillirent à bras ouverts, comme Vinça, où il laissa une garnison, puis se dirigea vers Ria pour y installer son camp.

Mais le gouverneur du Conflent, à la tête des partisans de Pierre IV, réussit à entrer dans Vinça. Effrayés, les habitants s’enfuirent en traversant la Têt, mais la plupart se noyèrent à cause du gros débit de la rivière gonflée par un orage récent. Ce fut une catastrophe pour la ville.

Tandis que les Aragonais poursuivent leur avance jusqu’à Codalet, Jacques III se précipite en Cerdagne pour empêcher les renforts d’intervenir. Pendant ce temps, Pauquet de Bellcastell, au service de Pierre IV, installa des machines de guerre au pied du château de Ria pour le faire céder. Prades et les villages environnants, dont la population était restée fidèle à Jacques III, sont démantelés.

Ce dernier, après être revenu à Ria, y laissa des troupes ainsi que dans quelques places fortes de la Cerdagne, puis partit se réfugier en France. De son côté, Pierre IV d'Aragon vint dans le Conflent pour diriger les opérations lui-même, mais regagna Perpignan dès fin juin 1347. En 1349, un vent de panique gagna à nouveau le Conflent, le bruit courait que Jacques de Montpellier prévoyait de conquérir la région à nouveau. Le 22 août 1349, le viguier Aymeric de La Via reçut une lettre du gouverneur Guillaume de Bellera.

Nous avons ordonné que vous appeliez les prohomens que vous jugerez à propos, avec lesquels et par le conseil desquels, vous ferez mettre en bon état les forteresses du Conflent qui, d’après votre connaissance, pourraient être occupées et défendues. Quant à la robe (meubles et biens de toutes sortes) et aux vivres des autres lieux qui ne pourraient pas se défendre, faites-les mettre dans les dites forteresses qui seraient en bon état.

Toute cette agitation fut superflue puisque Jacques III concentra ses efforts sur l’île de Majorque où il succomba dès son arrivée, le 25 octobre 1349. Toutes les villes du Conflent durent alors prêter serment et reconnaître la légitimité de Pierre IV le Cérémonieux. Cette cérémonie fut appelée "l’Edit d’Union".


Seconde tentative de soulèvement

Le 10 février 1369, le roi d’Aragon écrivit une lettre de Barcelone au procureur royal Ermengau Marti, qui aura un impact assez important.

A cause des ruses, stratagèmes des compagnies et encore de l’Infant de Majorque, avons ordonné et voulons que vous tous alliez personnellement et voyiez tous nos châteaux, des comtés du Roussillon et de Cerdagne, et reconnaissiez avec les inventaires faits des armes si elles y sont toutes et combien manquent. Et après avoir reconnu celles qui y sont, de nous dire combien seraient nécessaires. Et faites-nous savoir clairement et distinctement ce qu’il faudrait dans les dits châteaux et combien coûteraient les engins, en signalant les réparations nécessaires. Informez les châtelains des dits châteaux, qu’ils soient diligents et soigneux de les garder de façon que les ennemis ne puissent les escalader.

Ces états concernèrent les châteaux de Salses, de Tautavel, de Força-Réal, de Bellegarde, de Prats de Mollo, de Rodès et Conat, de Formiguères et enfin de Puyvalador. Début août 1374, l’infant Jacques III de Majorque (rien à voir avec le royaume, définitivement abandonné), prétendant à la couronne d’Aragon, réussit à enrôler en Languedoc une armée de 6000 hommes. Il pénétra aussitôt dans le Roussillon, qu’il traversa pour remonter la vallée de la Têt. En passant par le Conflent, il croisa de nombreux partisans, des personnes opposées à la politique de l’Aragon.

C’est ainsi que Vinça, puis Prades l’accueillirent à bras ouverts. Dans cette ville, la faible garnison du roi d’Aragon ne put empêcher les habitants de rejoindre les troupes de l’Infant. Ces dernières traversèrent le Conflent en direction de la Cerdagne. Mais cette nouvelle insurrection fut rapidement matée et le vicomte d’Evol eut la terrible charge de punir les rebelles. Pierre IV le Cérémonieux fut intraitable et les habitants faillirent tous mourir assassinés. En fait, Prades eut pour punition de fournir 20 000 sous. Pour 150 habitants, cette peine fut particulièrement douloureuse à purger. La ville de Villefranche eut plus de chance : elle n’eut à fournir qu’un "canon chargé avec des pierres d’un demi quintal".

C'est donc en 1344, après avoir vu trois rois de Majorque, que le royaume d'Aragon reprit militairement le royaume de Majorque, vu comme une verrue dans les terres aragonaises. Perpignan va alors être délaissée, ce fut la fin de sa puissance politique. La paix revenue, la vie de la cour reprit ses droits. Il fut décidé que les infantes Constance et Jeanne résideraient désormais à Perpignan.


La suite de l'histoire du Roussillon concerne l'époque du développement de la Catalogne, durant les XIVe et XVe siècles.



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