Devenant plus autonome dans le Sud, il était important pour Jacques 1er d'Aragon d'officialiser la frontière entre l'Aragon et la France. Souvenons-nous qu'en 1213, la bataille de Muret marque l'échec du catharisme, mais plus politiquement celui de la réunification, sous une même famille, des comtés de Toulouse, de Provence, de Barcelone et du royaume d'Aragon, ce qui aurait créé un royaume méridional de grande importance. Après la victoire, le contrôle exercé par le roi de France sur Toulouse et la Provence se renforce, alors qu'en Catalogne, l'éloignement rend cette tâche plus difficile. De plus, malgré les apparences, les Corbières forment une barrière naturelle bien plus efficace que les Pyrénées. Ces collines vont accueillir des places fortes, peu distantes, qui vont former une véritable frontière. C'est cette frontière qui sera officialisée en 1258 lors de la signature du traité de Corbeil entre les rois de France, Louis IX, et d'Aragon, Jacques 1er.

La roque d'En Talou
On édifia plusieurs bornes-frontières pour matérialiser cette limite, dont la plus célèbre est sans doute la Roque d'En Talou, gravée des armes des deux royaumes.
Le Traité
Les villages catalans les plus au Nord sont Salses, Montner, Ille-sur-Têt, et Mosset. Il apparaît donc que tout le Fenouillèdes se retrouve en France, ce qui explique la séparation prématurée qui se traduit encore aujourd'hui par un écart de mentalité entre les habitants du Fenouillèdes, plus proches du Languedoc, et ceux du reste du Roussillon, plus tournés vers la Catalogne.
Le traité ne se contente pas d'officialiser la frontière, il constitue un véritable échange de territoires entre les deux royaumes. Ainsi, Louis IX cède au roi Jacques 1er et à ses successeurs tous les droits qu'il détient sur les comtés de Barcelone, Urgel, Bésalu, Roussillon, Ampurias, Cerdagne, Conflent, Girone et Ausonne.
En contrepartie, Jacques 1er cède à Louis IX ses droits sur le pays et la ville de Carcassonne et le Carcassès, le Razès, les villes et le pays de Béziers, Minerve, Agde, Albi, Rodez, Cahors, Narbonne et son duché, Puylaurens, Quéribus, Castelfizel, Sault, Fenouillet, Pierrepertuse, Millau, Gévaudan, Grèzes, Nîmes et le Némausois, Toulouse et le comté de Toulouse, ainsi que Saint-Gilles et tous les domaines ayant appartenu à feu Raymond, comte de Toulouse.
On peut ainsi constater que l'objectif de ce traité était d'échanger des terres afin de supprimer toute enclave de part et d'autre de la frontière. Bien que cet objectif ait été en grande partie atteint, il n'a pas été totalement réussi, car le pouvoir du roi de France ne s'exerçait pas sur le comté de Foix, qui devait rendre hommage au roi d'Aragon. Ce comté avait pour vassal le Donnezan, notamment le château de So, permettant ainsi à Jacques 1er d'Aragon d'exercer une autorité sur des terres situées au Nord de la frontière. À noter que la famille de So, qui deviendra plus tard vicomte d'Evol, sera un soutien fidèle de l'Aragon, puis du royaume de Majorque.