Le XIVe en Catalogne

Une période riche en évènements



Le XIVe siècle à Perpignan

Sous la direction de Pierre IV le Cérémonieux (1336-1387), puis de Jean Ier (1387-1395) et enfin de Martin l'Humain (1397-1410), le Roussillon vécut en paix (Voir Généalogie). Les différents souverains reconstruisirent les forteresses de leurs ancêtres et prirent en considération la population, qui jouit alors d'une grande liberté. Les comtes apprirent à se faire aimer du peuple. L'économie retrouva sa prospérité, un peu comme elle l'avait été sous le règne des rois de Majorque. La population croissait lentement mais sûrement.

La deuxième moitié du XIVe siècle fut marquée par l'arrivée de bandes armées. Dès 1361, des troupes de routiers attaquèrent Montalba, puis Tarerach. Alors que la guerre de Cent Ans dévastait la France, de 1380 à 1384, les révoltes languedociennes engendrèrent des troupes de paysans armés qui sombrèrent dans le banditisme. En 1385, le roi d'Aragon se retrouva en guerre contre le comte d'Empúries. Ces troupes de gens armés se concentrèrent à Montpellier et commencèrent à s'approcher du Roussillon pour venir en aide au comte. Il y avait environ 6000 hommes. Le roi déclencha alors la mobilisation générale, ordonnant la levée de troupes pour défendre la région. Il imposa aux villages une taxe d'un florin par feu pour punir ceux qui ne fournissaient pas assez de combattants. Les villages du Capcir, dépendant de l'abbaye de Saint-Michel-de-Cuxa, en furent exemptés : ni Les Angles, avec ses 14 feux, ni Matemale avec 13 feux, ni Vallsera et ses 3 feux ne furent inquiétés.

Sur le plan architectural, le Roussillon se dota d'équipements modernes. Parmi les constructions remarquables, Pierre IV fit ériger en 1368 une citadelle près de la porte Nord des remparts de Perpignan (Porte Notre-Dame) : le Castillet. Ce bâtiment avait pour rôle d'assurer la protection de la ville et de loger la garnison.

En 1397, ce fut la construction de la Loge de mer, en plein cœur de la ville. Elle abritait le Consulat de mer, tribunal de commerce, ainsi que la bourse. Malheureusement pour les Catalans du Nord, cette période de relative tranquillité prit fin brutalement en 1410 avec la mort de Martin l'Humain, dernier roi d'Aragon de cette lignée, qui mourut sans descendance.


Le Concile de Caspe

Cette époque radieuse prit fin en 1410 avec la mort de Martin l'Humain, qui n'avait pas de descendants directs. Conformément à la coutume de l'époque, c'est son petit-neveu Jacques d'Urgell qui aurait dû prendre le titre de roi d'Aragon. Mais malheureusement pour lui, Pierre IV ne l'avait jamais désigné officiellement comme son successeur, car il souhaitait légitimer son petit-fils Frédéric de Luna avec le soutien de Benoît XIII, pape à Avignon. À cette époque, trois papes se disputaient la légitimité : deux à Rome et un à Avignon, Benoît XIII étant ce qu'on appela un antipape.

Le siège vacant attisait les convoitises, et quatre prétendants se disputaient la couronne :

  • Le Comte d'Urgell, prétendant légitime,
  • Louis de Calabre, petit-fils de Jean Ier, fils de Louis d'Anjou et d'Yolande d'Aragon,
  • Alphonse de Gandia, cousin éloigné de Jacques II,
  • Ferdinand d'Antéquera, l'infant castillan (royaume opposé à l'Aragon).

Louis de Calabre fut rapidement écarté, car il était apparenté aux rois d'Aragon uniquement par les femmes. Alphonse de Gandia fut également écarté, en raison de son grand âge et du fait qu'il n'avait pas de descendants, ce qui poserait un problème similaire dans quelques années. Il restait donc Ferdinand et le comte d'Urgell. Ce dernier avait l'avantage d'être populaire en Catalogne, mais pas en Aragon. Rien qu'en évoquant sa légitimité, il ouvrit une énorme polémique.

De son côté, Ferdinand bénéficiait d'un soutien considérable : celui de la Castille, voisine et toute-puissante. De plus, il pouvait compter sur Benoît XIII, qui souhaitait écarter son rival pour assurer sa propre légitimité papale. En aidant Ferdinand à monter sur le trône d'Aragon, Benoît XIII s'assurait un soutien précieux pour sa cause.

Les discussions durèrent deux ans. À un moment donné, on songea à faire élire le nouveau roi par le peuple lui-même, mais il était trop difficile de mettre en place une telle élection. L'idée d'utiliser des représentants du peuple, les Corts, fit son chemin, et c'est cette méthode qui fut employée en 1412. L'élection eut lieu en concile, à Caspe (Aragon), le 28 juin 1412. Elle réunit trois représentants par camp : Catalogne, Aragon et Castille. Le résultat fut sans appel : 7 voix pour Ferdinand, 1 pour le comte d'Urgell, et 1 abstention.

C'est ainsi qu'une nouvelle dynastie monta sur le trône d'Aragon : les Trastamare.


Ferdinand Ier et sa politique restrictive

L'arrivée de Ferdinand Ier sur le trône d'Aragon (Voir Généalogie) fut perçue négativement par la population du Roussillon, du Conflent et de la Cerdagne. Ces régions préféraient de loin le comte d'Urgell, qui était catalan d'origine et vivait en Cerdagne. Cette préférence dura de nombreuses années après l'élection du nouveau roi.

Ferdinand Ier, soutenu à la fois par la Castille et par l'antipape Benoît XIII, entra en conflit avec les habitants catalans au lieu de poursuivre la politique précédente, qui consistait à établir une compréhension mutuelle pour assurer le lien entre l'Aragon et la Catalogne. Les Catalans ne reconnurent jamais officiellement ce roi, qui, de son côté, multiplia les maladresses et les malentendus. Le ton monta, et les Corts, assemblées des représentants du peuple, exigèrent du roi le serment de respecter les constitutions catalanes.


Soulèvement des Catalans

En 1413 eut lieu le premier soulèvement. Les partisans du comte d'Urgell entrèrent en rébellion, mais Ferdinand Ier fit appel aux forces de Benoît XIII et n'eut pas de mal à vaincre les rebelles. Tous leurs biens furent confisqués, et le comte d'Urgell lui-même fut emprisonné à Ciudad Rodrigo, en Castille, puis transféré à Xativa (Valence), où il mourut en 1437.

Suite à cette démonstration de force, les griefs des Catalans se multiplièrent. Ils reprochaient au roi, entre autres, de nommer des Castillans dans l'administration catalane et de lever des troupes sans l'accord des Corts. Du coup, en 1414, Ferdinand Ier se passa des Corts, qui ne furent plus convoqués. Cette décision marqua le début d'une deuxième révolte, à Barcelone cette fois-ci.

Deux ans plus tard, en 1416, une réunion eut lieu à Perpignan pour discuter des moyens pour Benoît XIII de récupérer la légitimité papale. Cette réunion regroupa Ferdinand Ier, Benoît XIII et l'empereur Sigismond. La ville fut militarisée par des Castillans, et de nouvelles émeutes se produisirent, bien que sans trop de gravité. Suite à cette réunion, Benoît XIII perdit le soutien de ses alliés à cause de son autorité et dut renoncer définitivement à la légitimité papale.



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