L'épisode des Tercios

XVIIe siècle : Combats pour la domination sur le Roussillon



Demande de séparation de la Catalogne

À partir de 1621, Philippe IV dirige la coalition Aragon-Castille. L'une de ses décisions consista à prélever directement un cinquième des taxes imposées en Catalogne, afin de les contraindre à se conformer à l'effort commun. Les Corts, réunies en 1626, protestèrent vigoureusement contre ces exigences, malgré le fait que cette assemblée était largement castillanisée. Face à ce refus, Philippe IV se vexa et rentra à Madrid.

Politiquement, Philippe IV s'appuyait sur le comte-duc d'Olivarès. Ce dernier influençait le roi pour créer une monarchie à la française, c'est-à-dire aussi centralisée que possible. Il fallait donc que la Catalogne cède. Par ailleurs, la Catalogne Nord se plaignait auprès de Barcelone d'être laissée de côté. Économiquement et démographiquement plus faible, Perpignan en avait assez de payer sans jamais recevoir. Les Roussillonnais et les Cerdans commencent à vouloir l'indépendance vis-à-vis de la Catalogne, alors que la Catalogne elle-même poursuit depuis des années l'objectif d'être indépendante de l'Espagne.

C'est un certain Andreu Bosch, un Perpignanais, qui met le feu aux poudres. Il écrit un livre intitulé "Traité des droits et de l'histoire du Perpignanais", dans lequel il justifie la cession du Nord et du Sud. Pour obliger Barcelone à traiter, les Perpignanais demandent l'arbitrage royal. Évidemment, c'était une opération très dangereuse car le roi n'était pas favorable à un démantèlement de ses territoires, mais ils comptaient sur l'opposition de Barcelone et de Madrid pour que la balance penche en leur faveur. Le roi décida de ne pas prendre position sur ce dossier, et la situation s'enlisa.


La France attaque le Roussillon

De 1618 à 1648 commence une lutte entre la France et l'Espagne. En fait, il s'agissait d'une lutte de pouvoir entre les familles de Bourbons, françaises et protestantes, et les Hasbourg, espagnoles et catholiques, qui s'étendit sur toute l'Europe. Mais elle va avoir des conséquences graves pour la région qui nous concerne.

Le 19 mai 1635, la France déclare la guerre à l'Espagne. La menace d'une offensive sur le Roussillon amène le roi à mettre en place une défense appropriée, mais la difficulté était que cette défense devait être mise en place sur un territoire en opposition avec lui, et qui plus est un territoire dont il n'a pas su résoudre le problème quelques années auparavant.

Pour pousser les Catalans à défendre leurs terres, Philippe IV invoqua un article de la constitution catalane qui prévoyait qu'en cas de guerre, les Catalans ont l'obligation de prendre les armes. Le hic, c'est que cet article prévoyait également que le roi lui-même devait être à la tête de l'armée ainsi constituée, ce qu'il ne désirait pas. Pour passer outre cette obligation, il fallait que les Corts se réunissent, or c'est toujours au roi de les réunir, ce qu'il fit tardivement.

Le temps de prendre toutes ces décisions, le comte-duc d'Olivarès acheta des mercenaires et les envoya dans le Roussillon. Le 29 août 1637, ils attaquèrent et prirent Leucate, mais les Roussillonnais ne cherchèrent pas à les aider pour conserver cette position : ils étaient en attente de la décision des Corts à leur sujet. Du coup, l'armée française les délogea peu après.

Le 2 janvier 1639, Olivarès décida que les Catalans devraient payer 50 000 livres pour pallier leur immobilité. Par la même occasion, les Français vivant en Catalogne eurent une taxe spéciale à payer sous peine de cinq ans de galère. Le 10 juin 1639, les Français attaquèrent la Forteresse de Salses ainsi que celle d'Opoul. Les généraux Comdé et Schomberg les prirent et poussèrent des incursions dans les Corbières et sur la Salanque jusqu'à Pia et Bompas. Vingrau tomba le 18 juin, le château de Tautavel le 10 septembre. Rivesaltes tomba aussi. Le 19 juillet, les Roussillonnais réagirent enfin en parvenant à réunir sept compagnies de 150 volontaires chacune. Aidés par les mercenaires d'Olivarès (les Tercios), ils parvinrent à repousser les Français au-delà des Corbières. Salses fut reprise.


Les Tercios ravagent le Roussillon

Malheureusement, les Tercios n'étaient pas des enfants de chœur. Peu ou pas payés, ils se servaient chez l'habitant de tout ce dont ils avaient besoin. Or, vu qu'ils étaient 30 000, ils étaient devenus la terreur des Catalans du Nord. Olivarès laissait cet état de fait en guise de punition. C'est ainsi que pendant la période 1637-1639, les vols, assassinats, viols et sacrilèges étaient légion.

Après la victoire, les Tercios partirent en Empourdan, sur l'autre versant des Pyrénées, mais ils y firent tellement de dégâts que les paysans se révoltèrent. Chassés de ces terres, ils revinrent dans le Roussillon, où ils trouvèrent les garnisons des grandes villes à leurs côtés. (Ils étaient payés par les Espagnols.)

Assiégeant Perpignan, les Tercios négocièrent entre le 12 et le 14 juin 1640 l'ouverture de la ville, qui eut lieu le 14, avec la promesse de ne pas faire de dégâts. Mais cette promesse ne fut pas tenue et la ville fut mise à sac. Puis, manquant de nourriture, les Tercios se répartirent dans la plaine et disparurent enfin.



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Drapeau catalan Les Pyrénées-Orientales

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