Depuis que le Roussillon est rattaché à la France, le roi tente par tous les moyens de faire prendre le pli à cette région fortement enracinée dans sa culture locale. Le système de monarchie à la française veut que le maximum de décisions soit pris à un échelon national, et ceci va à l'encontre de la semi-autonomie dont a toujours joui la région.
Mais bien plus que de tenter par la force de soumettre les Catalans, c'est doucement, avec le temps, qu'ils prendront l'habitude de voir dans leur quotidien les effets du centralisme royal. Un premier exemple date de la fin du XVIIe siècle. Louis XIV fonde "l'hôpital général Notre-Dame de la Miséricorde", ce qui peut être vu d'un bon œil. Mais ceci a été fait pour y enfermer les pauvres et autres misérables ne pouvant pas s'assurer seuls une vie décente. Or la tradition de charité est importante en Roussillon, les Catalans sont habitués à voir la misère dans la rue et ne veulent pas la voir disparaître. L'hôpital reste vide et les rues encombrées, contrairement à la volonté du roi.
Le problème de la langue
En 1700, un édit du roi impose le français dans l'écriture de tout acte officiel. Mais on constate qu'en 1742 encore, les membres du conseil souverain s'expriment avec difficulté dans cette langue.
D'ailleurs, à la révolution, sur les 100 000 habitants de la région, seuls 2 à 3 000 membres de la haute société et du clergé connaissent le français. Et même à cette époque, les membres du conseil souverain, pourtant nommés par le roi, admettent encore le droit catalan.
En territoire ennemi
Lorsqu'en 1659 le Roussillon devient français, les troupes occupaient déjà la région. Mais le temps qui passe ne change guère les mentalités des Français. Ils ont l'impression d'être en territoire ennemi, tout comme durant le XVe siècle, et ce sentiment perdurera jusqu'à la Révolution. De même, la population est hostile à ce qu'elle considère comme un envahisseur. Des mutineries éclatent contre les corvées entre 1776 et 1777. En 1779, les habitants de Palalda se mettent en grève consulaire pour protester.
De 1770 à 1780, les contrebandiers se multiplient. Ce phénomène ira croissant jusqu'au milieu du XIXe siècle, mais la lutte entre les douaniers et les contrebandiers atteint son paroxysme à la fin du XVIIIe siècle.